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Mogogi Gabonamong : le joueur qui rêvait d’être agriculteur

27 septembre 2021
  • L'ancien international botswanais Mogogi Gabonamong (38 ans) est né dans une famille d'agriculteurs et a toujours voulu en devenir un lui-même.
  • Mogogi a fait ses débuts avec le Botswana à l'âge de 16 ans et a également joué en tant que professionnel en Afrique du Sud et à Trinité-et-Tobago. Il a reçu une distinction honorifique présidentielle en reconnaissance de ses qualités exceptionnelles de citoyen et de sa contribution au sport au Botswana.
  • Depuis qu'il a pris sa retraite il y a quelques années, il s'est concentré sur sa vie de fermier et élève des bovins et des chèvres dans sa ferme.

« La vie à la ferme, c’est toute mon enfance. De là, vraiment, mon amour pour l'agriculture et la vie en brousse. J'avais l'habitude de regarder mon père et mes frères et sœurs aînés s'occuper du bétail et je me sentais de plus en plus impliqué et enthousiaste. Je me levais à l’aube pour faire sortir le bétail et le faire paître. Je trayais les vaches et j’apportais le lait à la maison. Le soir, j'allais chercher le bétail et le ramenais au kraal [enclos à bétail]. Avec l'âge, mes responsabilités ont évolué : je devais vacciner les vaches, les contrôler, labourer les champs, etc.

Parallèlement, je me suis découvert une passion pour le football. J'étais en brousse, à regarder les vaches paître et j'écoutais des matches de football à la radio, rêvant de jouer un jour en professionnel. Mon équipe préférée était les Kaizer Chiefs [équipe sud-africaine], et j'avais toujours une radio avec moi pour écouter leurs matches, car nous n'avions pas de télévision à la ferme.

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Mon parcours footballistique a réellement commencé une fois scolarisé à Gaborone, la capitale. Je me suis rendu compte que j'avais pas mal de talent. Mon école avait l'habitude de jouer contre d'autres et j'étais le joueur que l'adversaire craignait le plus. Je voulais devenir professionnel pour contribuer à changer la situation chez moi, mais je voulais aussi devenir fermier. J'ai acheté ma première vache avec l'argent de poche que je recevais en jouant pour les moins de 17 ans et l'équipe senior du Botswana. C'était très peu, mais j'ai économisé jusqu'à ce que je puisse acheter la vache. La ferme a toujours été un espace sûr et formateur pour moi, loin du jeu. Lorsque je suis allé à Manchester United pour des essais à l'âge de 16 ans, je suis d'abord allé à la ferme pour obtenir la bénédiction de mes parents et je suis retourné directement à la ferme à mon retour après environ un mois en Angleterre.

Lorsque j'ai signé pour mon premier club, Mogoditshane Fighters, je savais déjà à ce stade que je devais être déterminé. Je devais utiliser l'argent du football à bon escient pour la ferme et construire mon rêve. Après le match du samedi, je prenais un bus pour aller à la ferme, j'y passais une journée et j'étais de retour pour l'entraînement du lundi à Gaborone. Je respectais les deux [le football et l'agriculture], j'y investissais mon temps et je travaillais dur pour les deux.

J'avais l'habitude d'acheter le magazine Farmers Weekly. Je le lisais lors de mes déplacements et mes coéquipiers en plaisantaient. Ils m'appelaient « Modisa », ce qui signifie « acheteur de bétail » en setswana. Ils m'appellent d’ailleurs toujours ainsi. Mais la lecture m'a beaucoup aidé. J'ai beaucoup appris avec le temps, car je voulais faire de l'agriculture différemment de ce que je voyais quand j'étais petit. Je voulais mettre en œuvre ce que mes parents m'avaient appris, mais aussi adopter une approche nouvelle, moderne et actuelle.

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Lorsque je jouais en Afrique du Sud, je n'avais pas beaucoup de temps libre, mais dès que j'en avais l'occasion, je me consacrais à la ferme. Je n'ai jamais manqué un entraînement, jamais manqué un match à cause de ma passion pour l'agriculture. Je respectais beaucoup le jeu et je parvenais à créer un équilibre entre les deux. Il m'est arrivé, par exemple, d'aller acheter un tracteur juste après l'entraînement à SuperSport United à Pretoria. Je l'ai ramené chez moi au Botswana le lendemain après l'entraînement, puis je suis rentré à Pretoria de nuit car je devais m'entraîner le lendemain matin.

La vie de footballeur est brève. Il faut investir dans ce qu'on veut faire quand le football, c'est fini. J'ai toujours su que je ne jouerais pas éternellement, et j'ai fait de mon mieux pour m'occuper de ma ferme tout en continuant à jouer. J'ai su très tôt que le talent n'est pas toujours déterminant, car les choses peuvent mal tourner. J'ai vu les coéquipiers les plus talentueux ne pas faire le maximum dans le football, et je savais que je devais me concentrer encore plus sur ma passion en dehors du football. Les deux ont nécessité de l'engagement et du travail.

L'agriculture n'est pas facile, loin s'en faut, elle a ses propres défauts et ses propres défis, mais quand on aime, on ne compte pas. Les joueurs ne doivent pas toujours suivre ce que font les autres ou être considérés comme géniaux. Très peu de joueurs partageaient ma passion pour l'agriculture, et ça ne me posait pas de problème. J'ai suivi ma propre voie. Il est important que les joueurs sachent ce qu'ils veulent bien avant de raccrocher leurs baskets. »