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La santé mentale à l'ordre du jour en Uruguay

3 août 2021

• Quatre footballeurs uruguayens ont mis fin à leurs jours au cours des six derniers mois

• La FIFPRO s'est entretenue avec Diego Scotti, président du MUFP, le syndicat des footballeurs professionnels du pays.

• « Notre objectif est de mettre des outils entre les mains des footballeurs », dit-il.

La communauté du football uruguayen ne s'était pas encore totalement remise du suicide de Santiago « Morro » Garcia en février quand un nouveau coup a été porté le 17 juillet : Williams Martinez, un défenseur vétéran de 38 ans qui était devenu un symbole historique de son championnat local et jouait pour Villa Teresa en deuxième division, avait lui aussi décidé de mettre fin à ses jours.

Cinq jours plus tard, c’est au tour d’un autre footballeur. Le pays est passé du choc à la consternation lorsqu'Emiliano Cabrera, un joueur de 27 ans qui jouait dans les ligues intérieures du pays, s'est également suicidé. Et la semaine dernière, l'ancien joueur Maximiliano Castro (46 ans) met lui aussi fin à ses jours ...

Quatre suicides en six mois - comment est-il possible que quatre footballeurs d'un même pays se donnent la mort en si peu de temps ? Loin des flashs du classique Nacional-Peñarol dans la phase à élimination directe de la Copa Sudamericana, le monde du football uruguayen s'est tourné ces dernières semaines, pour une fois, vers la santé mentale de ses joueurs.

Pour replacer les faits dans leur contexte, notons tout d'abord que ce qui est arrivé à García, Martínez, Cabrera et Castro s’inscrit dans une crise de suicides que l'Uruguay traverse en tant que pays depuis des années.

Selon les données du Ministère de la santé publique, 718 personnes ont mis fin à leurs jours en 2020. Ce qui représente un peu plus de 20 suicides pour 100 000 habitants et un suicide pour 5 000 habitants. Ce chiffre est presque deux fois plus élevé que la moyenne mondiale. De fait, on a enregistré en Uruguay au cours de l'année précédente plus de suicides que d'accidents de la route.

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Santiago Morro Garcia

« Mettre des outils entre les mains des footballeurs »

Néanmoins, la nouvelle du décès de ces quatre footballeurs a suscité une réaction quasi inévitable de la part des personnes chargées de veiller à leur bien-être durant leur carrière.
Le président du MUFP, Diego Scotti, s'est dit choqué et obligé de prendre des mesures à ce sujet.

« Nous sommes extrêmement tristes de ce qui se passe. Nous sommes clairement conscients qu'il s'agit d'un problème social, et nous assumons donc notre responsabilité afin d'aborder la question sous un angle différent et de fournir des outils aux footballeurs », a-t-il déclaré lors d'une interview avec la FIFPRO.

Scotti, qui a joué au Chili en même temps que Williams, a déclaré que le MUFP a un accord depuis au moins trois ans avec la Société uruguayenne de psychologie du sport (SUPDE), qui fournit sur-le-champ un psychologue à tout joueur qui demande une aide professionnelle pour traiter un problème de santé mentale. Il a en outre annoncé qu'à court terme, le syndicat présenterait un projet global de soins et de traitement de santé mentale.

« Beaucoup de joueurs nous ont contactés l'année dernière. Certains appellent, d'autres viennent directement à notre bureau. Dans ces cas-là, l'une de nos principales priorités est de pouvoir garantir la confidentialité de leur demande d'aide. Même les responsables de leur club ne doivent pas être mis au courant de la situation », précise Scotti.

Le président du syndicat précise également que ces dernières années, les ateliers et les discussions ont porté sur la détection des problèmes de santé mentale et sur l'encouragement des joueurs à en parler.

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Williams Martinez

Prêt(e) à en parler ?

Le MUFP est l'un des nombreux syndicats de joueurs qui ont rejoint la campagne mondiale de santé mentale de la FIFPRO « Prêt(e) à en parler ? » (Are you ready to talk ?) lancée le 1er juin dernier, bien que la pandémie de coronavirus ait retardé sa mise en œuvre.

La campagne mondiale de la FIFPRO sur la santé mentale est le résultat de plus de deux ans de recherches sur le terrain visant à fournir aux footballeurs les outils nécessaires pour détecter les signes de troubles mentaux et agir en conséquence par les voies appropriées.

Alexandra Gómez, conseillère juridique principale de la FIFPRO et membre du groupe de projet, a déclaré : « Aujourd'hui, ce problème est encore peu connu dans le football. Le projet, à l'origine, reposait sur deux idées principales : générer un réseau de référence, afin que dans tous les pays où un syndicat est affilié à la FIFPRO, du personnel spécialisé puisse être contacté pour traiter ces problèmes. Et deuxièmement, sensibiliser les joueurs et toutes les personnes impliquées dans le football. »

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L'un des principaux objectifs de Scotti et Gómez est que tous les clubs uruguayens comptent un psychologue du sport dans leur équipe d'entraîneurs.

« Pour l'instant, très peu d'équipes de football uruguayennes ont un psychologue dans le vestiaire », précise Scotti. La Conmebol en a fait une obligation pour les clubs engagés dans ses compétitions, mais il y a des clubs qui ne participeront jamais à des tournois internationaux et qui considèrent l'inclusion d'un psychologue comme une dépense et non comme un investissement », ajoute Gómez.

Soutenus par les cas récents de sportives d'élite, la joueuse de tennis japonaise Naomi Osaka et la gymnaste américaine Simone Biles, qui ont rendu publics leurs problèmes de santé mentale et mis un frein à leurs activités sportives, les dirigeants des syndicats de joueurs encouragent de plus en plus leurs membres à sortir de l'ombre.